Au creux des vagues

Depuis le début de l’aventure l’idée était de traversée l’océan Atlantique à la voile. Une grosse étape du projet, celle qui focalisait tous nos fantasmes.

Vendredi 2 décembre 2016 :

l’avitaillement en eau potable, carburant, nourriture, matériel divers est terminée, le bateau est prêt. Moritz (le skipper) nous donnes rendez-vous au « Saylor’s Bar » avec le reste de l’équipage (Claire la second Pierre-Luc et moi-même) afin de prendre le café et profiter de du wi-fi pour récupérer le dernier bulletin météo et de la décider si nous levons l’ancre aujourd’hui ou lundi.

 

 

 

Les prévisions météorologiques paraissent propices pour un départ en début d’après-midi, nous profitons de ces derniers instants à terre pour dire au revoir aux chercheurs de bateaux avec lesquels nous avons partagé des moments inoubliables durant les quelques jours que nous avons passés aux Canaries.

Après que chacun est lu et signé le cahier de bord dans lequel se trouvent les procédures en cas d’urgence et les consignes de sécurité nous larguons les amarres du port de Las Palmas à 11h37 (cordonné GPS : 28° 12,701 N, 15°42,509 W).

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Carnet de bord avec des information comme la position géographique, l’heure, le cap, la voilure, la pression atmosphérique…

Après quelques heures de navigation nous voilà au large, clairement les conditions météorologiques ne sont pas aussi propices que prévues et nous commençons à nous faire bringuebaler.

On s’accorde souvent à dire qu’il y a 5 facteurs déclencheurs du mal de mer:

La Faim, le Froid, la Fatigue, la Frousse, a soiF,

malgré la faim qui commençait à se faire sentir je me sentais parfaitement bien, j’ai donc proposé de préparer à manger, erreur. En effet après quelques minutes dans le carré, espace réduit où les effets de la houle sont intensifié, je commence à me sentir vaseux, la sueur coule le long de mes tempes, mon teint passe au vert, ce que je redoutais tant se produit.

Les jours qui suivirent furent difficile pour tout l’équipage, une mer avec des vagues de 3 à 4 mètres de creux, du vent de face ce qui oblige à tirer des bords et empêche le pilote automatique de faire son travail, dans ces conditions il faut sans cesse barrer.

Incapable de m’alimenter ou de m’hydrater sans être pris de nausée, je passe la moitié du temps dans le cockpit allonger à regarder au large pour minimiser les effets de la houle, l’autre moitié au fond d’une cabine dans mon duvet avec une bassine comme compagnon, ses premiers jours furent une belle mise en situation, et après quelques jours le corps s’adapte.

À nous les joies de l’apprentissage des rudiments de la navigation, apprendre les différentes procédures en cas d’incident : passage d’appel à la VHF (MAYDAY transcription anglophone phonétique de « m’aider »), d’homme a la mer, d’incendie, voix d’eau …

On se sent un peu le patron, quand on prend les commandes du navire. Donner sa direction au voilier, réussir à tenir un cap correct malgré les vagues durant plusieurs heures n’est pas chose aisée, c’est même assez physique. Au début nous ne sommes de quart que la journée car pas assez expérimentée pour ceux de nuit.

Voilà pendant douze jours comment nos journées se sont articulées de Las Palmas aux Canaries jusqu’au Cap-Vert:

Réveil vers 8 heures, pour un petit déjeuner tous ensemble, Pierre-Luc ayant déjà pris son quart à six heures, ensuite rangement, ménage, vaisselle et toilette à l’eau de mer puis chacun vaque à ses occupations.

 

 

 

Nous nous étions accordés avec Moritz pour que je m’occupe de la cuisine le midi et lui le soir. Je préparais le déjeuner et nous mangions juste avant la prise de mon quart à midi.
Toutes les après-midi nous avions le droit à un « topo navigation » pour apprendre les allures, les différentes formes de nuages et ce que cela signifie, les coordonnées géographiques, les différentes bouées, tracer notre position sur une carte marine, les différentes voiles et leurs utilisations.

 

 

 

Puis à dix-huit heures je cédais la place à Claire et arrivais le moment sacré de l’apéro : au programme jambon de pays, olives, chorizo et un ou deux petits verres mais pas plus car l’ivresse est interdite à bord…

Suivi d’un délicieux repas préparé par notre Skipper, extinction des feux pour ne pas gêner Claire durant son quart, la plupart du temps je restais avec elle sur le pont. Nous nous racontions nos vies, regardions les étoiles, écoutions de la musique ou lisions.
Les journées passent et se ressemblent jusqu’à Mindelo plus grande ville de l’île de Sao Vicente où nous arrivons au port vers quinze heures pour une nuit.

 

 

 

Le capitaine nous dit qu »il passera la soirée de son côté. Nous partons tous les trois (Pierre-Luc, Claire et moi-même) de notre côté faire des photos et quelques cadeaux/courses.

 

 

 

C’est dans une solderie locale en voyant des décorations de Noël que je me rappelle que j’ai prévu un cadeau pour chaque membre de l’équipage avant notre départ de Las Palmas. Nous fêterons Noël sur l’Atlantique, hors de question de ne pas décoré le bateau j’achète donc guirlandes, boules et le fameux bonnet rouge, j’en parle aux autres et nous décidons de faire la surprise. s’en est suivis une soirée mémorable au restaurant puis dans un bar chez l’habitant (la Bodeguita de Bruno) où nous nous sommes délectés de cocktail jusqu’au bout de la nuit.

 

 

Réveil avec un mal de crâne qui filerait une migraine à un doliprane, une douche on remplit les cuves d’eau potable et gas-oil et c’est reparti. Nous larguons les amarres de Sao Vicente avec comme prochaine destination le port du Marin en Martinique.

Nous quittons l’archipel du Cap-Vert escortés par une centaine de dauphin qui jouent et sautent autour du bateau avec comme toile de fond des îles volcaniques de chaque côté et un coucher de soleil, c’est un spectacle majestueux.

Moritz décide que Pierre-Luc et moi sommes prêts pour les quarts de nuits et mets en place des quarts de quatre heures, de vingt heures à huit heures du matin, chacun son tour avec un membre de l’équipage de repos chaque soir.

Depuis quelques jours la mer est assez agitée et le soir du 15 décembre nous traversons ce qui ressemble à une tempête, à vingt trois heures je me sens bringuebaler dans ma couchette et une vague qui s’éclate contre la proue du bateau finit de me réveiller, je vois Pierre-Luc rentré aussitôt trempé de la tête aux pieds, la nuit va être rude et d’ici quelques heures ce sera mon tour, j’appréhende ce moment car la mer est démontée et notre Génois commence à montrer des signes de fatigue à force de frotter contre la filière. Depuis deux jours nous devons aller le renforcer en allant coudre un renfort à sa base mais l’agitation de la mer ne nous le permet pas.

Le lendemain durant la journée, le pilote automatique commence à faire de drôle de bruits, c’est dix minutes après le début mon quart qu’il rend l’âme. Moritz décide de changer les quarts pour éviter de trop se fatiguer, toutes les six heures nous barreront pendant deux heures.

La route est encore longue jusqu’en Martinique et malgré les nouveaux quarts nous nous fatiguons, le manque de sommeil nous rend irritables, nous avons les nerfs à fleur de peaux. Heureusement quelques jours plus tard c’est le réveillon de Noël, les décorations, un Sapin de noël fabriqué avec un emballage en carton, le bonnet de Père noël et les cadeaux que j’avais prévu depuis Las Palmas, ressoude les liens entre les membres de l’équipage jusqu’à l’arrivée au Port du Marin en Martinique.

 

 

 

À peine arrivés à terre, nous récupérons nos sacoches et remontons nos vélos à même le ponton, ce qui a pour effet d’attirer la curiosité des passants, on nous pose pas mal question sur la transat :

vous avez traversé l’Atlantique sur ce voilier ? Vous étiez quatre à bord ? D’où êtes-vous partis ? Vous aviez déjà navigué avant de monter sur ce bateau ? …

Suite à nos réponses, ils sont étonnés et nous félicitent, ils nous invitent à fêter ça tous ensemble le soir, nous finirons au bar puis sur leurs voiliers,  ou nous dormirons quelques heures  avant de repartir pour de nouvelles aventures Martiniquaises.

 

 

 

 

Bécots la famille à bientôt !

Lexique :

  • Avitaillement :  Procédure consistant à préparer et fournir des vivres, eau, glace, carburant, comburant ou matériel divers,
  • Le carré : Espace de vie à l’intérieur du voilier composé de deux banquettes, de placards et de la table à manger,
  • Houle : C’est un mouvement ondulatoire de la surface de la mer qui est formé par un vent éloigné,
  • Tirer des bords : Expression renvoyant à une navigation en zigzag qui permet d’avancer malgré un fort vent de face
  • Barre : Levier permettant de manipuler le gouvernail d’un bateau
  • Barrer : Diriger un bateau en tenant la barre,
  • Cockpit :  espace extérieur situé à l’arrière du carré entre celui-ci et la poupe, c’est là que se situe la barre sur les voiliers.
  • Quart : Sur un bateau, en route en permanence, la nécessité d’assurer une veille constante pour éviter les mauvaises surprises (bateau, objet flottant…) et surveiller la météo.

 

 

 

 

 

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